IL CORTILE

L'angolo di Don Vittorio

Analisi, scomposizione di un tutto nelle parti
che costituiscono il Libano,
inteso come entità politica e geografica
e la Storia dei Salesiani in Libano appunto…

IL CORTILE SSB

Le Liban, singulier et pluriel, singulier parce que pluriel

Photo by Brian Wertheim on Unsplash


Giunto in Libano alla fine degli anni ’50 da giovane chierico, ha compiuto gli studi di teologia all’Università Saint Joseph di Beyrouth, ha conseguito una MA in studi Arabi e Islamistica a Roma e dal 1978-84 è stato Ispettore dei salesiani del MOR.

Da oltre 20 anni risiede tra El-Houssoun e El-Fidar, consulente dei vescovi e delle autorità civili per il settore educativo e pastorale. Quella che ci invia è una comunicazione che ha tenuto il mese scorso a Warsawia (Polonia) a un convegno internazionale sul Libano.

Don Gianni

Salesiano, SSB

Le Liban, singulier et pluriel, singulier parce que pluriel

« Vivre ensemble » au Liban di Don Vittorio Pozzo


Le titre que j’ai choisi pour cette note donne l’impression d’être un jeu de mots, et il l’est en effet. Mais c’est un jeu de mots qui trouve tout son sens dans la réalité dont il est l’expression, comme vous allez comprendre au long de ce bref exposé.
Vittorio Pozzo

Quelques repères historiques
En 1920, au lendemain de la bataille de Maysaloun qui brisa les rêves d’indépendance de la Syrie sous la houlette du roi hachémite Fayçal, qui se proclama unilatéralement roi de Syrie, du Liban et de Palestine, le générale Henri Gouraud, Haut Commissaire français, se rendit à Damas auprès du tombeau de Saladin, le vainqueur des Croisés au XIIème siècle, et aurait exclamé : « Nous sommes de retour, Saladin ! ». Colportée jusqu’à nos jours, cette déclaration, qui est un défi, constitue toujours un souvenir amer du ressentiment qu’elle suscita à l’égard du colonialisme. Interprétée à la lumière de notre expérience d’aujourd’hui et du langage auquel nous sommes peut-être habitués, on pourrait, sans trop de mal, voir dans cette déclaration l’annonce du « choc des civilisations » dont on parle beaucoup depuis un certains nombres d’années.

Ce même général, grâce à sa victoire, eut enfin ses coudées franches pour séparer la Syrie du Liban et proclamer la création de  l’Etat libanais, dont les frontières répondaient pleinement aux vœux des partisans du « grand Liban », avec notamment l’annexion de la région littorale avec le port de Tripoli et la plaine de la Beqaa à l’est.  Pour le chrétiens, le rêve multicentenaire devenait réalité, mais cela a dû être imposé au nationalistes arabes par les armes de la France. « Ce Liban créé principalement pour les chrétiens se révélera bientôt comporter près de la moitié de musulmans, ce dont pratiquement personne ne s’était avisé » . Ce qui exigera la recherche de formules adaptées à la situation qui prendront un certain temps pour être définies et mises en place.

La réalisation de ce projet, même s’il répondait aux vœux des chrétiens libanais, correspondait aussi à la politique française soucieuse d’enrayer les aspirations unitaires qui auraient menacé son autorité. Elle morcela donc la Syrie en quatre mini-Etats confessionnels, dont notamment l’Etat des Alaouites et l’Etat druze.

Le même principe « divide et impera » a èté appliqué récemment par les Etats-Unis en Irak qui a été partagé en trois zones ethno-communautaires, menaçant ainsi l’unité et l’intégrité du pays, avec tout ce qui s’en est suivi, notamment par rapport à la situation des chrétiens.

J’ai cité les deux cas de la Syrie e de l’Irak pour montrer que, malgré une certaine ressemblance avec le Liban, la situation est fondamentalement différente. Non seulement leur chemin, leur histoire récente  et la forme de leur unité n’ont rien à voir avec la situation du Liban, mais surtout parce que le Liban très partagé de 1920, a réussi à faire  des pas positifs et spécifiques pour répondre à sa nouvelle réalité, d’où sa singularité, sa spécificité, voire son unicité. C’est vrai que cela s’est produit en passant par des moments de malaise, par des soubresauts et même par des conflits, mais le Liban est toujours là pour rappeler au monde que dans les meilleurs moments de son histoire il a été, et peut toujours espérer d’être un pays-symbole, voire un « pays-message », comme l’a affirmé le pape Jean-Paul II. On ne s’explique pas d’ailleurs comment, malgré la guerre,  il a pu garder une grande force d’attraction pour tous les habitants du Moyen-Orient arabe, notamment les chrétiens.

Le pluralisme libanais : son développement   
Le pluralisme libanais ne date pas du début du mandat français; il existait à l’époque de l’empire ottoman et c’est précisément à cette époque qu’il a pris la physionomie qu’il garde encore aujourd’hui, malgré certaines apparences modernistes. Cela est présent non seulement dans le système juridique, mais aussi dans l’organisation politique et administrative, où le confessionnalisme est la règle. Le malaise que le régime mandataire avait provoqué chez les musulmans qui se sentaient lésés sur le plan politique et économique et que mal supportaient d’être dirigés par des chrétiens, avait créé une atmosphère d’effervescence qui se manifesta en 1936 dans un congrès sunnite qui réclama l’union avec la Syrie et dans des mouvements séparatistes qui se développèrent à Saïda et à Tripoli, alors que les chrétiens, notamment l’Eglise maronite, misaient sur la perpétuation du mandat.

Ce n’est que petit à petit que des chrétiens lucides commencent à réaliser que l’émancipation et la survie du Liban dépendront  d’un accord avec la bourgeoisie musulmane et que des élites sunnites se convertissent à l’idée d’un Liban indépendant et renoncent à celle de « grande Syrie ». La convergence d’intérêts communs, (certains parleront d’acte de foi), donna ainsi naissance en 1943 au « pacte national », un accord non écrit « entre maronites et sunnites pour faire coïncider leur vision politique et se répartir les responsabilités au prix de concessions mutuelles ». C’est le compromis à la libanaise, sans vouloir donner à cette expression un sens péjoratif.

Sur le plan pratique, l’entente islamo-chrétienne intéressait les principales communautés des deux camps à travers une répartition rigide des charges étatiques et des postes administratifs selon des critères confessionnaux, même si le poids des deux communautés, la  maronite et  la sunnite, restait prépondérant, en obtenant l’une la présidence de la République et l’autre la présidence du gouvernement. En effet, la communauté chiite, aujourd’hui majoritaire, n’avait pas encore pris conscience de son poids pour jouer pleinement son rôle national, tout en obtenant la présidence du Parlement.

Aussi, dès avant l’interminable guerre civile (1975-1990), ce beau système commença-t-il à montrer des signes d’inadaptation  aux nouvelles réalités, surtout au déséquilibre démographique en faveur des musulmans, notamment des chiites. Malgré une relative prospérité dont profitaient surtout les classes les plus aisées et l’ambiance de liberté qui cachaient les vrais problèmes, lorsque la crise éclata, la cohésion communautaire l’emporta  sur le faible esprit de citoyenneté et le pays se trouva éclaté sur une ligne de partage à caractère religieux et confessionnel.. Pour ne pas parler des ingérences étrangères et des répercussions des conflits et de l’instabilité des pays environnants.

Ce n’est qu’en 1989, avec les accords de Taëf en Arabie Saoudite, qu’une nouvelle entente nationale vit le jour en parant la voie à la modification de la Constitution. Les 18 communautés qui forment le tissu socio-religieux du pays (13 chrétiennes, 4 islamiques et la communauté juive, désormais insignifiante) se virent pleinement reconnues en tout ce qui concerne leur identité spécifique, mais acceptèrent un rééquilibrage du pouvoir en faveur des musulmans, de plus en plus majoritaires. Malheureusement, ce rééquilibrage, parfait sur le papier, puisqu’il garantit la parité entre chrétiens et musulmans, au lieu de favoriser l’entente, attisa les susceptibilités confessionnelles car il n’a pas été appliqué convenablement sur le plan politique. Preuve en est ce qui s’est passé ces dernières années sur la scène libanaise : instabilité, tiraillements, tensions…, sans mentionner les attentats qui ont visé surtout des chrétiens, mais qui ont rendu la vie difficile à tous le citoyens. A cause de tout cela, on est encore loin d’une vision commune du Liban, de sa place et de son rôle dans la région.

Faut-il alors conclure sur une vision pessimiste du rôle du système  communautaire et de son archaïsme par rapport é la laïcité moderne telle qu’elle est en vigueur en Europe et dans les pays les plus politiquement avancés, ou peut-on espérer qu’elle aura encore son mot à dire, soit en orientant la qualité des rapports intercommunautaires et interpersonnels à partir d’une inspiration religieuse, soit en assurant l’exercice d’une véritable démocratie basée sur la citoyenneté, sans renier l’appartenance communautaire, indépendamment des convictions religieuses personnelles ?

Je ne me sens pas autorisé à donner une réponses à ces questions, n’étant qu’un libanais d’adoption non naturalisé, mais à montrer comment le système communautaire libanais fonctionne et peut continuer à être une source de vitalité et d’enrichissement réciproque.

Le pluralisme libanais : sa spécificité
Si l’on prend en compte que la fonction fondamentale de l’Etat libanais est  celle de garantir l’épanouissement de ses citoyens dans leur appartenance communautaire, il faut tout d’abord reconnaître que cela n’a pas d’égal dans les pays du Moyen-Orient, où il existe presque partout d’importantes minorités ethniques et religieuses qui ne sont considérées que comme des minorités et traitées comme telles selon une  grande variété de situations, alors qu’au Liban, qui est un ensemble de minorités, chaque groupement reconnu par la Constitution ne devrait  se sentir ni marginalisé, ni sous-estimé, mais au contraire protégé et valorisé.

C’est vrai que cela n’a toujours pas bien marché sur le plan politique, mais la longue expérience que les Libanais ont acquise à travers l’exercice de la vie en commun a donné des résultats positifs. Si l’on a osé affirmer que dans chaque chrétien libanais il y a quelque chose de musulman, et dans chaque musulman libanais quelque chose de chrétien, cela veut dire que le dialogue de la vie à travers la succession des générations et malgré quelques accrocs, n’a pas été vain. Il ne s’agit pas seulement d’un fait imposé par l’histoire avec ses lumières et ses ombres, mais aussi d’un choix libre et responsable dont les conséquences sont visibles au niveau des individus et des communautés.

« Vivre ensemble – affirme le Synode de l’Eglise maronite – dépasse la simple cohabitation et la coexistence […] ; elle est un style de vie qui assure à chacun l’occasion de l’intercommunication et de l’interaction avec l’autre, de sorte que sa personnalité s’enrichit grâce à ce que l’autre lui apporte de nouveau ; celui-ci s’enrichissant à son tour, sans pourtant effacer les spécificités et les différences qui deviennent à cette occasion source d’enrichissement pour tous. C’est un style de vie qui se base sur le respect de l’autre dans sa différence et sa singularité, qui ne vise ni à son élimination, ni à son déracinement, et ne lui impose une fusion qui annulerait sa spécificité ou une mise à l’écart réductrice de ses dimensions  C’est aussi un style de vie basé sur le respect de la vie dans sa variété et sa richesse, sans la soumettre à une hiérarchisation culturelle, sociale ou du nombre qui la viderait de sa richesse. […]. C’est un style de vie qui ne produit pas à l’intérieur de l’homme une fracture entre les multiples appartenances qui forment son identité et, par conséquent, ne diminue pas la cohésion  de sa personnalité ni son intégrité ». C’est beau, mais il n’est pas toujours évident, et moins encore facile à réaliser.

Sur le plan pratique, il existe chez les Libanais  une longue tradition de vie sociale intense, faite de conduite correcte entre membres de différentes communautés, voire de convivialité, qui font  presque partie de leur ADN. Les accrocs ont presque toujours des motifs politiques. Une profonde et sincère solidarité se manifeste lorsqu’une des communautés est visée injustement (par ex. : le cas des caricatures danoises), et l’Etat, avec l’accord  de tous, ne tarde pas à intervenir lorsque la paix religieuse et civile pourrait être menacée par des attitudes inconsidérées ou délibérées (publication d’ouvrages ou parution de films offensants pour n’importe quelle communauté). Les leaders religieux des deux camps se rencontrent de temps à autre pour affronter des sujets d’intérêt commun, surtout en certains moments de crise, et des représentants surtout laïcs de toutes les communautés font partie d’un Comité national islamo-chrétien pour le dialogue qui, entre autres, vient de se doter d’une nouvelle charte qui règle les rapports intercommunautaires en se basant sur « le respect mutuel » et « la liberté religieuse ».

Ne serait-ce que pour l’institutionnalisation de tout cela, le Liban n’a peut-être pas d’égal dans le monde. Comme  l’a bien dit un célèbre penseur et homme politique libanais, Michel Chiha : « Le Liban est un pays qui n’est pareil qu’à lui-même, il faut qu’on le comprenne enfin ».     (2008)

Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des chrétiens d’Orient. Des origines à nos jours. Paris, 1994, p. 650.
Lettre apostolique aux évêques catholiques du monde entier sur le Liban du 7/09/1989.
Ibidem, p. 651.
Synode de l’Eglise maronite 2003-2006, (en arabe), Bkerké, 2006, p. 717.
Ibidem, p. 718.

Caputa Gianni

Caputa Gianni

Salesiano DOC

Arrivato a bordo m/n Esperia il 17 ottobre 1963…